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“Je me sens soulagé de prendre ma retraite.” © Photo News

Bientôt retraité, Steve Darcis se confie sur sa reconversion

InterviewAprès 17 ans de carrière au plus haut niveau, Steve Darcis, alias “Shark”, va prendre sa retraite à l’Open d’Australie dans quelques semaines. Mercredi dernier, face à l’Australie en Coupe Davis, le Belge a fait ses adieux à une compétition qui a changé sa vie. Portrait d’un guerrier. 

Pour tout sportif de haut niveau, la retraite est une épreuve charnière dans la vie. Un déchirement pour certains, un soulagement pour d’autres. À 35 ans, Steve Darcis, lui, aurait aimé continuer mais son corps lui a dit stop. Plombé par les blessures pendant une grandie partie de sa carrière, le Liégeois traîne justement un mal chronique au coude droit depuis 2018, quelques mois après avoir atteint la 38e place mondiale, son meilleur classement. “Je me sens soulagé de prendre ma retraite. J’ai vraiment trop mal au coude. J’ai fait beaucoup d’efforts pour revenir. J’avais encore un super niveau et l’envie de jouer, mais il était temps d’arrêter”, nous confie-t-il.

Tournoi après tournoi, match après match, “Shark” fait ses adieux. Steve Darcis profite donc de ses derniers instants sur le circuit professionnel. La fin de sa carrière approche à grands pas et il a choisi l’Australie pour tourner la page. “Mister Coupe Davis” souhaitait d’abord arrêter après la compétition qui lui a procuré le plus d’émotions mais une opportunité a changé ses plans. “J’ai été pris pour l’ATP Cup qui se déroule en janvier (N.D.L.R. une nouvelle compétition qui concurrence la Coupe Davis). Présent sur place, je me suis dit que j’allais terminer par un Grand Chelem. J’adore l’Australie. J’avais encore le classement pour donc ça tombait bien”, explique-t-il. À Melbourne, il mettra donc le point final à un long chemin semé d’embûches.

Un match de légende face à Nadal

Longtemps considéré comme l’un des espoirs du tennis belge, Steve Darcis a mis beaucoup de temps à sortir de l’ombre. En 2007, à 23 ans, l’élève du Centre de l’AFT à Mons se révèle sur le circuit professionnel lors de son épopée à l’Open d’Amersfoort, aux Pays-Bas. Son parcours incroyable lui fera gagner l'un des deux titres de sa carrière sur le circuit ATP. Le second sera glané quelques mois plus tard, en mars 2008, à Memphis, aux États-Unis. 

En 2013, classé 135e mondial, il réalise un exploit XXL en sortant Rafael Nadal, vainqueur de Roland Garros deux semaines plus tôt, à Wimbledon lors d'une rencontre qui restera dans la légende. Il devient d’ailleurs le premier joueur à éliminer l’Espagnol au premier tour d’un Grand Chelem. “Ce match fait partie des plus importants de ma carrière et dont je suis le plus fier”, indique-t-il.

La Coupe Davis, plus que tout 

Face à l’Australie, la semaine dernière, Steve Darcis a disputé son 31e match en simple avec la Belgique en Coupe Davis. Il affiche un taux de victoires impressionnant avec 23 succès. La passion de jouer pour son pays a toujours habité le “Shark”. “On ne joue pas pour nous, on joue pour les autres et ça, c’est important. Quand on est en Coupe Davis, on est entouré comme si on était numéro 1 mondial. Il y a toutes les conditions nécessaires pour faire de bons matchs et être au top”, confie-t-il.

Le lien tissé entre la Coupe Davis et Steve Darcis est intact. Les émotions sur et autour du court dans des ambiances uniques resteront sans aucun doute gravées dans sa mémoire. En 2015, le 5e match décisif de la qualification pour la finale de Coupe Davis contre l’Argentine a été “l’une des plus grandes fiertés” de sa carrière. “Avoir tout le banc qui se lève dès qu’on gagne un point, c’est ça qui fait qu’on se transcende”, analyse-t-il. 

Ses deux “énormes désillusions” 

Mais malheureusement, ce saladier d’argent tant convoité ne lui appartiendra jamais. Toujours en ligne de mire et parfois très proche de le soulever, il s’est toujours dérobé. Par deux fois, en trébuchant sur la dernière marche. Il considère d’ailleurs les deux finales de 2015 contre la Grande-Bretagne et de 2017 contre la France comme “deux énormes désillusions” où il regrette de ne pas avoir été “à 100%”.

Avec 119 ans d’Histoire, la Coupe Davis est un OVNI dans le calendrier du tennis. Cette nouvelle version de la compétition a fait couler beaucoup d’encre. Certains critiquant la perte de l’ADN même et le charme de ce tournoi. Steve Darcis en fait partie et a un avis tranché sur son avenir. “La Coupe Davis n’existe plus. Cette compétition est morte, c’est fini. Pour moi, ils ont fait une autre compétition, une Coupe du monde. Elle est pas mal, mais elle peut être améliorée. Il faut peut-être l’organiser seulement tous les deux ans”, propose-t-il.

Darcis, futur capitaine?

Malgré ses réticences sur le format, Steve Darcis a joué mais la Belgique n’est pas parvenue à sortir des poules. Après son dernier match avec la tunique rouge et jaune, un hommage particulier a été rendu au belge. Un trophée lui a été remis en guise de remerciement de la part de toute l’équipe de Belgique. Une ovation des supporters présents à Madrid lui a aussi été accordée. Un chapitre de la relation d’amour entre l’équipe de Belgique et Steve Darcis s’est terminé mercredi dernier. Mais l’histoire, elle, n’est sans doute pas achevée. 

Alors que plusieurs propositions lui ont été faites pour son après-carrière, dont “des possibilités de travailler à la fédération et dans une académie à l’étranger”, Steve Darcis ne s’interdit aucune option. “Devenir capitaine? C’est quelque chose qui me tiendrait fort à cœur. Ça me plairait bien. Maintenant, est-ce qu’on va faire appel à moi? Est-ce que l’équipe va estimer que je peux être la bonne personne? Est-ce que Johan va arrêter? Il y a toutes ces choses qui vont rentrer en compte. Ce qui est sûr, c’est que je resterai dans le monde du tennis”, déclare-t-il avec certitude. Une nouvelle qui devrait rassurer tous ses fans et le tennis belge. 

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La carrière de Steve Darcis en chiffres. © 7sur7 avec Piktochart