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© Benny Proot

Vous ne logez pas sur place? Vous n’êtes plus le bienvenu à Bruges

Les touristes, ce fléau? Après Rome qui veut sanctionner ses touristes impolis et Amsterdam qui ne les accueille plus les bras ouverts, voilà que Bruges boude à son tour une partie de ses visiteurs. En cause: à la fois les nuisances dues à leur nombre (jusqu’à 60.000 personnes par jour), mais aussi leur manière de consommer quand ils n’y restent que pour la journée. D’autre part, pour satisfaire les touristes qui les prennent d’assaut, les surfaces commerciales du centre-ville devenues impayables se focalisent sur la vente de gadgets touristiques. Une tendance au détriment des Brugeois, déplore le bourgmestre.

Y a-t-il de bons et de mauvais touristes? Oui, à en croire le bourgmestre brugeois. La Venise du Nord est une merveille et à ce titre, elle est un incontournable des guides touristiques. Bruges est la ville la plus visitée en Belgique et l’une des plus courues en Europe. Destination idéale pour un city-trip, elle a drainé 50.000 à 60.000 visiteurs quotidiens en 2018. “Trois touristes par Brugeois du centre-ville”, donne le bourgmestre de la ville Dirk De fauw à titre de comparaison. 

Fleuron de la Flandre, la ville est pourtant victime de son succès. Si l’on croit d’emblée que le tourisme est une aubaine pour une région, c’est en réalité le type de tourisme qui fait toute la différence. Sur les 8,3 millions de touristes qui ont visité Bruges l’an dernier, 6 millions étaient des touristes d’un jour. “Pire”, beaucoup sont des “touristes de croisière”, ceux qui ne restent qu’une à trois heures sur place puis remontent sur leur navire à Zeebruges. 

Des chocolats, une bière, une babiole et direction le bus

Un touriste n’en vaut-il donc pas un autre? Non, à en croire Dirk De Fauw (CD&V), qui veut privilégier le “touriste de qualité”. Celui qui reste sur place plusieurs jours, séjournera donc dans un hôtel, dînera au restaurant, fréquentera les musées payants, décrit-il dans De Standaard. Si vous avez déjà passé la journée à Bruges, vous direz avoir pourtant sérieusement mis la main au portefeuille. Certes, mais ces dépenses ne profitent généralement qu’à certains types de commerces: quelques consommations dans un débit de boisson, une gaufre, une glace. On se déplace plus pour profiter de l’architecture et de la balade que de la gastronomie, on dîne le soir à la maison. Il en va de même pour les touristes de croisière: ils ont à peine le temps de jeter un oeil à la ville et veulent repartir avec les essentiels à savoir des chocolats et des bières belges à offrir, un souvenir et goûter une gaufre. Des visites éclair qui, l’air de rien, engorgent totalement la ville sans être “rentables”.

Une tendance qui a un effet vicieux sur les commerces des jolies ruelles de Bruges: 10% des baux commerciaux du centre-ville, hors de prix (jusqu’à 20.000 euros à la location), reviennent aux boutiques de souvenirs qui, bondées, vendent toutes la même chose. Cartes postales, fausses vraies dentelles de Bruges, gadgets, pralines, coffrets de bières. Avec les marchands de gaufres, elles monopolisent les espaces commerciaux au détriment des commerces de proximité utiles aux Brugeois. Ces ventes n’ont par ailleurs pas un impact positif sur l’économie locale, estime le bourgmestre au nom des Brugeois.

“Plus nécessaire de rappeler l’existence de Bruges dans les aéroports”

Des Brugeois qui ne savent plus où mettre les pieds les jours d’affluence (qui d’ailleurs ne se limitent plus aux mois de vacances scolaires) et ne s’y retrouvent pas non plus financièrement dans ce tourisme de masse: les hôtels n’affichent presque jamais complet, les tables non plus. Impossible pourtant d’empêcher la libre circulation des personnes, les jolis pavés et canaux continueront d’être arpentés à l’envi. Mais le revers de la médaille, Dirk De Fauw voudrait au moins le limiter. “Sinon, à terme, on va se retrouver dans un parc Disney”, prévient-il. Comment faire? Il envisage plusieurs mesures, notamment ne plus encourager les touristes à visiter Bruges pour un jour: “Ces affiches dans d’autres villes flamandes qui incitent à passer la journée à Bruges, ce n’est plus nécessaire. Pas plus qu’à l’aéroport de Zaventem. Ces voyageurs-là ont généralement déjà booké leur hôtel dans d’autres villes belges, autant ne pas les inciter à passer trois heures par ici”. 

Il entend également persister dans son refus d’augmenter l’offre de navigation sur les canaux, malgré la demande croissante en ce sens du secteur touristique. S’il ne peut pas encore le faire, il aimerait également pouvoir définir ou établir un quota de types de commerces susceptibles d’ouvrir leurs portes, histoire que le nombre de boutiques touristiques n’explose pas encore davantage. Enfin, il souhaite trouver un arrangement avec le port de Zeebruges pour diviser par deux au moins les arrêts des bateaux en vue de visites express. 

Bruges, pas Barcelone

Selon Toerisme Vlaanderen cependant, les Brugeois ne sont pas si incommodés que ça par le statut de leur cité historique. Rassurez-vous, vous ne verrez pas (encore) à Bruges, comme à Barcelone, des affiches et tags vous invitant à rentrer chez vous. Mais l’organe du tourisme flamand souhaite bel et bien une meilleure gestion de la publicité faite autour de certaines villes en privilégiant ce tourisme de qualité qui maintient l’équilibre entre popularité de la ville, économie florissante et commodité pour les habitants.

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